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D'Elles

Grossesse precoce - Ratures

26 Décembre 2013, 13:40pm

Publié par Darline Gilles

Grossesse precoce - Ratures

Un phénomène aux causes multiples

Les règles tardent à venir. Le volume des seins augmente, ils deviennent insupportablement douloureux. Apparaissent les nausées. Ce sont des signaux qui, en général, informent sur une grossesse. Et c’est la panique totale chez la jeune fille qui les perçoit. Ce, d’autant plus qu’il s’agit de grossesse non désirée, c’est-à-dire une grossesse survenue involontairement et donc entièrement imprévue, sans préparation aucune, tant sur les plans psychologique, matériel que financier. Ce type de grossesse, est un cauchemar pour des milliers de jeunes filles en Haïti.

D’après les données de l’Enquête mortalité, morbidité et utilisation des services (EMMUS-V 2012), une adolescente sur sept, âgée de 15 à 19 ans, soit 14% de cette catégorie de la population, a déjà commencé sa vie reproductive. 11% de ces adolescentes ont eu au moins un enfant et 3% sont enceintes du premier enfant. Cette catégorie représente 10.4% de la population totale du pays qui se chiffre à 10 579 230 habitants.

Les causes de la grossesse précoce sont diverses. Le phénomène est présent dans toutes les sphères de la société, mais frappe différemment les jeunes filles concernées selon leur situation socioéconomique. La culture a une influence sur la fécondité car, elle a un effet sur la sexualité. Par exemple, la grossesse précoce peut être très fréquente, considérée comme normale, dans un pays où le mariage des adolescentes est la norme. Il en va de même lorsque des sujets, tels que la sexualité et la contraception, sont tabous. A cela s’ajoutent les problèmes sociaux et de violation de droits humains, notamment le viol, l’exploitation sexuelle, la prostitution qui contribuent à renforcer le phénomène des grossesses précoces. Il est à noter que 95% des naissances chez les mères adolescentes surviennent dans des pays en développement comme Haïti. Cela porte à penser que le poids de facteurs tels la pauvreté peuvent aussi alimenter cette chaine. L’élément fondamental reste et demeure cependant les relations de pouvoir entre les sexes qui sont en défaveur des jeunes filles tout comme des femmes (contraintes sociales, manque de liberté, absence de contrôle du corps, etc.) et qui font que les jeunes filles n’ont pas toujours la capacité nécessaire pour négocier sur un pied d’égalité leurs relations sexuelles.

La victime punie

Dans le contexte où nous l’abordons, la grossesse précoce est la résultante d’une violence culturelle, politique, économique ou sociale dont sont victimes les jeunes filles. Ce pendant cette victimisation, conditionnée par tout un système social, n’allège en rien la lourdeur des conséquences de la grossesse précoce dans la vie des jeunes filles.

D’abord, l’adolescente enceinte est fragilisée au niveau de sa santé. N’ayant pas la maturité physique nécessaire pour supporter les transformations qui préparent le corps à la maternité, une grossesse peut la mettre en danger. L’adolescente peut perdre la vie dans un avortement clandestin pratiqué dans des conditions non sécuritaires (l’avortement est encore pénalisé en Haïti), sa santé peut être irrémédiablement affectée, et elle est contrainte de garder un bébé non désiré, pour lequel elle n’était pas préparée.

Généralement, la jeune fille haïtienne en situation de grossesse précoce est sévèrement sanctionnée par sa famille, sa communauté et la société en général. Elle est objet de discriminations telles que le renvoi de l’école, l’exclusion de l’église. Elle ne bénéficie pas toujours du support de ses parents et de ses ami-e-s. Elle est victime, mais désignée coupable. Par contre, le jeune homme impliqué dans la grossesse ne vit aucune exclusion, ni stigmatisation.

En plus de la marginalisation, la jeune fille enceinte ou la jeune mère peut voir ses horizons complètement bouchés, en n’ayant pas l’opportunité de développer ses potentialités. Et cela rend très difficile sa mobilité sociale.

Nécessité d’agir

Puisque la grossesse précoce est favorisée par des facteurs sociaux, économiques et culturels, toute intervention visant à la prévenir doit agir à ces niveaux. Des interventions peuvent et doivent être réalisées pour prévenir le phénomène, au niveau de l’État, de la famille, de l’école, des organisations de droits humains, des organisations de protection des personnes mineures. Il s’agit de réduire la vulnérabilité des adolescentes et des jeunes filles à travers l’éducation sexuelle, l’information sur la santé sexuelle et reproductive, la connaissance du corps, l’accès à la contraception. Avec de la volonté, des moyens et du savoir faire, des mesures correctrices peuvent être adoptées pour offrir un accompagnement adéquat aux jeunes filles.

Comme l’a si bien dit Mikhaïl Gorbatchev : « L'humanité a à faire face à une multitude de problèmes plus importants les uns que les autres. On ne peut résoudre ces problèmes qu'ensemble. »

Par: Darline Gilles